Le mois dernier, je suis partie marcher dans le Lot, en pleine nature, durant quelques jours.
Les semaines précédentes avaient été d’une grande intensité. Les accompagnements étaient nombreux, profonds, parfois bouleversants. Ils demandaient une présence entière. J’aime profondément mon métier mais, pour la première fois depuis longtemps, je sentais qu’une pause s’imposait.
Mon corps était fatigué, oui. Mais ce n’était pas seulement cela.
Ma tête tournait, comme un vieux 33 tours, sans interruption. Les histoires entendues, les émotions traversées, les liens tissés avec les personnes accompagnées continuaient de résonner en moi.
Je suis alors partie marcher, avec l’idée d’une grande balade contemplative et ressourçante.
La nature était prête. Moi, beaucoup moins.
Les premiers kilomètres n’ont pas ressemblé à ce que j’avais imaginé.
Mes jambes étaient lourdes et avançaient lentement. Mes pensées, elles, avaient prévu de courir un ultra-trail. Elles reparcouraient les rendez-vous passés, gravissaient ceux à venir, bifurquaient vers mille projets et cherchaient des réponses à des questions qui n’en demandaient pas.
Et comme si cela ne suffisait pas, mon téléphone avait décidé de suivre le même rythme.
Prévu au départ comme une simple boussole de poche pour suivre les chemins, il vibrait sans cesse. Les notifications s’accumulaient, les messages arrivaient. Les demandes aussi.
Rien n’était réellement urgent. Tout pouvait clairement attendre mon retour.
Pourtant, je laissais toutes ces sollicitations entrer dans ma marche.
Je restais occupée, disponible pour tout…Sauf pour moi.
Je ne m’arrêtais plus. Je ne descendais plus à l’intérieur. Je passais à côté de moi,
Mon téléphone vibrait plus que moi.
J’étais connectée à tout, sauf à moi.
Ces quelques jours de nature m’ont rappelé quelque chose d’essentiel: le bruit ne vient pas toujours de l’extérieur.
Dans cette époque où tout nous invite à rester connectés, aux informations, aux messages, aux réseaux sociaux, aux sollicitations permanentes, je croyais savoir ralentir. Mais voilà que je me mettais à remplir le moindre espace disponible.
Une marche devenait un podcast. Quelques minutes d’attente devenaient un défilement automatique sur mon téléphone.
Même le silence semblait devoir être occupé.
Je me frôlais sans même m’en rendre compte.
J’étais là, physiquement. Je faisais ce qu’il fallait. J’avançais. Je répondais. J’écoutais les autres.
Mais je passais si vite à côté de moi que je ne remarquais même plus mon absence.
Une question s’est imposée :
Qu’est-ce que le bruit permanent est venu me voler, en silence, ces dernières semaines ?
Je me suis posée. Je n’ai rien cherché.
Je suis simplement restée assise là, suffisamment longtemps pour entendre ce qui était déjà présent.
Le vent dans les arbres. Un oiseau. Le craquement d’une branche. Mon souffle.
Et, doucement, quelque chose, en moi, a recommencé à prendre de la place.
Le silence n’est pas vide. Il est plein de tout.
Il me rend simplement l’espace dont j’ai besoin pour me retrouver.
Depuis, j’essaie de me laisser, chaque jour, quelques minutes sans rien remplir. Sans apprendre. Sans produire. Sans écouter autre chose que ce qui est déjà là.
Je ne sais pas ce que le silence vous dira car il nous raconte rarement la même chose.
Merci d’être là.
Merci d’avoir lu cette lettre jusqu’ici.
Merci d’oser regarder à l’intérieur dans un monde qui pousse sans cesse vers l’extérieur.